Par Tym Duncan: Légitimité bien mal placée

Aujourd’hui, j’ai les nerfs.

Version courte : je fais une dépression. Je sais d’où elle vient, traumatisme horrible de l’enfance bien enfoui pendant des années. Une fois déterré, il a fallu digérer, reconstruire. J’ai gardé ce truc sans le savoir pendant près de 20 ans. La dépression, elle, est là depuis au moins 5 ans.

 

Dans les deux cas, c’est long. La dépression est une saloperie, un véritable cancer de l’âme, et en sortir est un combat de tous les instants. Je suis suivi, aidé, entouré.

Et pourtant. J’ai les nerfs, parce qu’il existe une catégorie de gens qui vont se permettre de critiquer mon état. « Ca n’avance pas, dis donc ! » « Tu es sûr que ce ne sont pas des charlatans qui te prennent ton argent ? ». C’est agaçant. Non, c’est carrément insupportable. Bordel. Nous sommes en présence d’une maladie invisible, mal connue, mal vue (« ah, celui-là, il est en arrêt maladie pour dépression, encore des vacances aux frais du contribuable ! »). Ceux qui n’ont jamais rien vécu de tel ne comprendront jamais, mais seront bien les premiers à critiquer. Eh bien, j’ai une chose à leur dire : arrêtez. C’est assez dur comme ça. La dépression, la vraie, c’est se réveiller le matin en trouvant tout futile. C’est n’avoir envie de rien, rien de rien. Pas forcément envie de mourir, mais aucunement l’envie de vivre non plus. C’est atroce. Parce qu’on se voit comme de l’extérieur, enveloppe vide qui semble ne plus pouvoir faire même un pas. Tout devient une épreuve, un calvaire, on a l’impression d’avoir un boulet aux pieds à chaque pas.

Et puisque le monde ne voit pas ces boulets, certains se permettent. Certains se croient légitimes. « T’es sûr que t’en rajoutes pas un peu ? » « Allez, un bon coup de collier et ça ira ! ». Ils sont nombreux, ceux-là. Les choses sont d’autant plus compliquées que des simulateurs, il y en a. Et quand on vit véritablement ce calvaire chaque jour, c’est insupportable. Oui, il y en a qui profitent du système. Oui, ce sont des parasites. Et le pire, c’est qu’ils font du tort aux vrais malades, ceux qui luttent. Et pour un vrai dépressif, un simulateur, ça se reconnaît à des kilomètres.

Mais la dépression a ce quelque chose qui fait que chacun a un avis bien tranché sur la question, une solution, quelque chose à dire. On dit « cancer », et on vous laisse tranquille. Personne ne vous dira jamais, après deux ans de chimio : « tu pourrais faire un effort, ça avance pas des masses cette guérison ! ». On m’opposera l’argument que ce n’est pas la même chose. Eh bien si, c’est la même chose. Quand il y a souffrance, quand il y a maladie, c’est la même chose. Il n’y a pas de droit à ramener sa science selon qu’une maladie est visible ou non. A ces gens, j’ai envie de dire : allez vous faire foutre. Si si, j’ai le droit, je suis un vrai dépressif. Ca n’a aucun sens, hein ? Pareil pour vous. Ce genre de réflexions, ce genre de comportement, alors qu’il faudrait surtout faire preuve de bienveillance, en amène certains à mettre fin à leurs jours.

Tiens, le suicide, autre sujet où tout le monde se croit légitime. Seule cause de décès où là aussi, tout le monde à son mot à dire. « C’était un faible », « Il n’a même pas pensé à ses enfants ». Ou alors on cherche à mettre la responsabilité sur le veuf ou la veuve. Alors qu’il faudrait plutôt parer au plus urgent : prendre soin de ceux qui restent. Et moi, qu’on se permette de critiquer, de foutre la merde, pour ce genre de cas précis, alors que c’est plus compliqué que ça, toujours plus compliqué que ça, ça me débecte.

 

Je n’écris pas ça pour donner une solution particulière. J’écris ça pour gueuler. Parce que ça fait du bien. Ca me fait du bien, égoïstement. J’aimerais bien laisser pisser. J’aimerais bien faire comme si ces cons n’existaient pas. Mais ils existent, et j’ai une fâcheuse tendance à vouloir trouver une solution à tout, même aux cons.

 

Ma solution ? 10 secondes de réflexion. DIX malheureuses petites secondes de réflexion, putain.

Time 

« C’est du chiqué sa dépression, non ? Moi on m’a dit que de la vraie dépression tu peux plus bouger de chez toi. S’il voit des gens, s’il bosse, il doit pas être si malade que ça.» 10 secondes. « Heu, et si je cherchais à me renseigner au lieu de parler sans savoir ? » Hmm, excellente idée.

« Le suicide, c’est un truc de lâche » 10 secondes. « Hmm, pour qu’il abandonne sa famille comme ça, il devait vraiment souffrir atrocement ». Ah tiens, pas bête, à creuser, peut-être ?

 

Donc, pour résumer : oui, j’emmerde ceux qui n’ont rien d’autre à me dire que de faire un effort, de me bouger le cul, comme si je le faisais exprès. C’est vrai que c’est vraiment l’éclate, de suer des seaux d’eau dès que je sors, d’avoir l’impression que je ne vais jamais m’en sortir. De vraies vacances de rêve, aux frais des « vrais », ceux qui dégainent leur critique avant même d’avoir enfilé leur holster. J’emmerde ceux qui croient avoir le droit de critiquer ce genre de choses, et qui ont des solutions toutes faites à tout.

 

Si vous vous reconnaissez là-dedans, par pitié, pensez aux dix secondes de réflexions. Si vous connaissez des gens comme ça… mettez-leur une tarte de ma part et de la part de tous ceux qui en évacuent des ronds de chapeau  et qui ont à gérer leurs réflexions.

 

Les autres, ceux qui savent compter jusqu’à 10, je vous dis : bisous.

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Par Tym Duncan: Putain, les cons

Note de l’auteur : ceci est un billet brut, sans filtre. Certains s’en offusqueront, d’autres seront d’accord. L’important, c’est que j’évacue ça une fois pour toutes.

 

Je n’ai pas vraiment pour habitude de réagir sur l’actualité. En général parce que j’estime ne pas être assez renseigné, et donc, parce que je ne souhaite pas réagir en tirant des conclusions erronées. Et aussi, parce que la plupart du temps, ces dernières années, je ne m’y intéresse tout simplement pas, trop occupé à jouer au bras de fer avec cette connasse de dépression.

 

Mais là, j’en ai plein le dos. Ras la casquette. Jusque-là, putain. D’habitude, je pèse chaque mot, je cherche le mot juste, j’essaie de ne brusquer personne. Là, je n’en ai rien à foutre. Mais alors tellement rien à foutre !

Passons sur le connard qui conduisait ce foutu camion. Lui, c’est le gros con standard, la pourriture qui s’est fait laver le cerveau à la merde. Ceux de son espèce, on commence, tristement, à s’y habituer.

 

Ce qui me débecte, me file vraiment la gerbe aujourd’hui, ce sont tous ces connards qui sous prétexte « d’attendre des réponses », cherchent surtout à accuser, à chercher des « responsables ». Il y a les politiques, ces hyènes incapables de reconnaître quand un camp, quelles que soient leurs divergences d’opinion, fait du bon boulot. Les connards pour qui il faudrait barricader tout le monde, ne plus rien fêter, flinguer celui qui nous semble louche. Mais en montrant une image forte, hein. Leur montrer qu’on n’a pas peur d’eux, mais quand même, au cas où, on va s’arrêter de vivre, on sait jamais.

Vous, politiques de tous bords qui vous êtes rabaissés à vous jeter sur cette histoire, je vous emmerde. Mais alors bien comme il faut. Parce que bordel, vous avez vraiment un QI d’huître pour sortir des conneries pareilles. Et encore, les huîtres, elles ferment leur gueule.

 

Qu’est-ce que j’ai surtout entendu depuis cette nuit, plutôt que « c’est horrible, on va tous faire face, ensemble » ? J’ai entendu ces petites perles de bêtise, commentées par ma réaction en les entendant :

 

  • « Un camion qui déboule ! Mais pourquoi on n’avait rien prévu pour l’arrêter ? » Mais connard, t’aurais fait quoi ? T’aurais fait couler des ralentisseurs en béton armé dans toute la ville ? Tu tiens vraiment à reprocher CA ?
  • « Il faut encore plus de soldats, encore plus de policiers, partout, tout le temps ! » Mais oui mon con, nos forces tirent déjà la langue depuis les attentats du 13 novembre, elles font le maximum, mais t’as raison, autant les achever comme il faut.

 

 

S’ensuivront les éternelles petites phrases qu’on entend habituellement aux repas de famille, mais qu’on entend décidément sacrément plus en ce moment : « bon, je suis pas raciste, mais quand même, c’est encore les mêmes, hein ». T’es pas raciste ? Alors ferme ta grande gueule de con. Un petit « c’est la faute à ce gouvernement de merde » pour continuer ? Mais bordel, non seulement faut être con, mais d’une mauvaise foi ahurissante pour sortir des conneries pareilles. Honnêtement, et comme sans doute beaucoup, la politique, j’ai du mal à m’y intéresser. Mais qu’on arrête de nous dire qu’il y a eu des manquements. Oui, c’est horrible, oui c’est révoltant. Mais quelle honte de taper sur des dirigeants qui ont mis tous les moyens en œuvre pour nous éviter des bains de sang qui auraient pu être pires. C’est typiquement français, on ne voit que le négatif. Reprocher un quelconque manquement alors que des dizaines d’attentats sur notre sol sont évités chaque année, par des gens qu’on ne voit jamais, qui travaillent dans l’ombre, c’est être con. C’est triste, mais c’est comme ça. Sur 99 attentats évités, on se souviendra du 100ème, et on le reprochera à quiconque est en place.

 

Ce genre de connerie, ça m’énerve à un point inimaginable. Et moi, s’il y a bien une chose que je ne tolère pas, c’est cette connerie. On peut me dire que c’est une question d’éducation, de plein de critères sociaux et gnagnagna ah mais si tu savais ce que j’en ai rien à foutre !

Ca prend quoi, dix, quinze secondes, pour réfléchir un peu posément à une question idiote. « Pourquoi les secours ont mis SI LONGTEMPS à arriver ? » Le con, le vrai, se dit que c’est une honte, qu’en état d’urgence ce devrait être immédiat. S’il réfléchissait, mais juste un peu, il comprendrait qu’on reste des humains, bordel. Qu’il y a un temps de choc, d’incompréhension, et qu’après seulement, tous ces professionnels, entraînés toute l’année à des situations pareilles, repassent en mode sauvetage, et font leur boulot, de façon remarquable. Ils font avec ce qu’ils ont, et puisque l’horrible semble inévitable, ils nous empêchent de rendre cet horrible encore pire. Et quand le pire t’arrive, le temps te paraît long, long, interminable. Un peu de bon sens permettrait de répondre rapidement à ces questions. Un peu d’empathie aussi. Mais le con n’a pas d’empathie. Il ne sait pas l’écrire, ce mot, d’ailleurs.

 

Alors aujourd’hui, plutôt que de peser mes mots, de « ne pas entrer dans le jeu » des cons, je vais être honnête. Parce que bordel de merde, si je me colle un ulcère à cause des cons parce que j’aurai fermé ma gueule, ils auront gagné. Pas juste le con terroriste, mais le pire con de tous : celui qui pense avoir raison, autour de nous, le con donneur de leçons, le con « qui aurait fait autrement, et mieux ». Je suis le con d’un autre, là, en écrivant ces lignes. Mais je m’en tape.

 

La politique, ces conneries, je m’en tape. Je ne pense qu’aux pauvres victimes de ces connards lâches, victimes sur lesquelles vont s’abattre les vautours cons, nos vautours bien français, qui vont vouloir récupérer ça. Ces mêmes pourritures qui vont nous demander de ne pas céder à la haine ou aux amalgames faciles. Haha, les cons.

J’ai fermé ma gueule des années parce qu’au fond de mon cerveau, mes parents ont gravé cette maxime dans ma tête : « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe ». Expression que j’ai prise un peu trop à cœur, parce que si leur bave ne m’atteint pas, ces salauds de crapauds me les brisent salement d’essayer de toucher les colombes. Des colombes, on en a perdu un paquet cette nuit de 14 juillet. Par contre, les crapauds, eux, sont toujours là.

 

Alors à toi, le crapaud, le vautour, bref, l’animal, la pourriture, politique ou non, le psychologue de comptoir qui passe plus de temps à refaire le monde avec des « si » plutôt que de te sortir les doigts pour le changer. À vous tous, cons de toutes espèces qui l’ouvrez quand vous devriez observer plus d’une minute de silence : je vous emmerde. Tous, autant que vous êtes.

Je ne cherche pas le débat, parce qu’avec vous, il n’y en a pas. Vous n’êtes que des crétins, incapables de penser plus loin que le bout de votre nez. Alors je vous emmerde, allez vous faire foutre, et soyez un peu respectueux et mesurés, bordel de merde de scrogneugneu. Il n’y a que les cons qui changent pas d’avis. J’attends donc, toujours énervé, un peu soulagé, que vous changiez d’avis, avant que le plomb ne vous arrive dans la tête par un autre con armé.

 

Et tant que vous y êtes, apprenez un peu d’anglais. Be Nice. Be Nice, putain.

Gueule de bois

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Photo : John Althouse Cohen

J’avais pas envie ce matin. Pas envie du tout. Mais il y avait pas mal de boulot qui m’attendait, donc je me suis mis au boulot. Et j’arrive même à être plutôt efficace, malgré mes divagations sur Facebook et ailleurs. Mais pendant que je travaille, je ne pense qu’à une chose.

Aujourd’hui, rien n’a de saveur particulière. Moi qui ai déjà tant de mal à comprendre le monde, aujourd’hui j’ai l’impression de ne plus rien comprendre du tout. Difficile de dire, cette fois, que les victimes l’avaient un peu cherché, quoiqu’en dise un certain el-Assad. Difficile d’imaginer que des personnes qui vont boire des verres entre amis ou aller voir un concert méritent des balles dans la tête. Je suis sûr qu’une grande partie de ces personnes étaient contre toute intervention militaire quelle qu’elle soit, et particulièrement contre la présence occidentale en Irak, en Syrie ou ailleurs parce que le pétrole, on aimerait bien s’en débarrasser.

Des innocents. Des civils qui n’ont aucune influence. Et de l’autre côté, des lâches. Qui se font sauter quand la sécurité d’un stade les empêche d’entrer. « Si c’est comme ça je me fais sauter! »

Je n’ai pas la nationalité française. Dans ma difficulté à comprendre ce monde de fous, je ne comprenais pas, non plus, étant un « étranger » ayant grandi en France, le concept de nationalité, mais aujourd’hui, je commence à comprendre qu’être français, c’est un peu plus qu’un bout de papier. C’est un peu plus qu’un petit bouquin qu’on ne lit jamais, que certains brûlent arrivés à Racca, que d’autres échangent contre de la vodka. Être français, être Charlie, être aléatoirement abattu à Paris, c’est quelque chose qui me semble dépasser des frontières physiques et somme toute artificielles. Finalement, être français, c’est peut-être la même chose qu’être néerlandais, américain, syrien, libanais ou congolais. C’est peut-être rien de plus que d’avoir un coeur qui bat, l’envie d’être libre et qu’on nous foute la paix. Si cette définition touche, de près ou de loin, la vérité, eh bien moi aussi, je suis français et fier de l’être.

Arrêtez les polémiques. Laissez les gens mettre un filtre bleu-blanc-rouge sur leur photo de profil, laissez les croyants prier pour Paris, laissez tout le monde exprimer le choc qu’ils ont ressenti à leur manière parce que tout le monde le vit à sa manière. Ne sombrons pas dans l’isolement, n’isolez personne et ne vous isolez pas des autres. Ouvrez-vous. Essayez de comprendre les autres. Dialoguez. Acceptez les sentiments des autres.

Le mal existera toujours mais si on l’affronte ensemble, il fait moins… mal.

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Photo : Yann Caradec

Article écrit à l’origine sur Facebook le lundi 16 novembre

Moyen terme

Cher journal,

relaxJe t’ai un peu délaissé ces derniers temps, je l’avoue. Mais les vacances sont passées par là, et il faut croire que les vacances ça apaise (qui l’eût cru!) et quand je suis moins révolté, forcément, j’écris un peu moins. Il faut que je vérifie, mais à en croire ces premières lignes, cet article risque d’être le premier où je ne râle pas. Alors ça risque d’être philosophique, aujourd’hui.

Certes, il y a toujours des choses qui me préoccupent. Là, et je prends ce qui me vient comme ça me vient, je pense à acheter un ordi, un sac, il va aussi falloir acheter un meuble pour mettre les chaussures, où vivre dans un an ou deux, comment s’organiser pour le nouvel an, quand est-ce que je vais avoir à la fois le temps et l’envie de faire le ménage, quand prendre le dernier jour de congé qu’il me reste cette année… Je me surprends à remarquer que j’ai dû réfléchir à des trucs qui me préoccupent. Ça veut sûrement dire que je ne me prends pas trop la tête, et je crois y voir les effets des vacances et d’un évènement super cool qui est arrivé juste avant. Je me sens plutôt apaisé. Mes ongles protestent, mais ma tête va bien.

cat couchJ’essaye toujours d’appliquer la philosophie du moyen terme. En gros, ça consiste d’une part à trier les choses par ordre de priorité, et d’autre part à tout reporter quand ce n’est pas urgent. Je ne stresse pas sur mon jour de congé puisque je peux le garder pour l’année prochaine. Je ne stresse pas pour le nouvel ordi parce que pour l’instant, je n’en ai pas besoin. Idem pour le meuble de chaussures (ma moitié ne sera pas forcément d’accord mais bon…) et le déménagement, il n’est pas non plus d’actualité puisque pour l’instant, on est très bien où on est. Faire les courses pour manger, c’est beaucoup plus important. Se reposer aussi. Franchement, pourquoi aller se faire suer des heures à Ikea si je ne remarque pas l’absence de meuble à chassures depuis mon canapé?

Mes exemples sont carrément bidons. Pour se faire une meilleure idée de la philosophie que j’essaie d’appliquer, remplace-les par des choses pour lesquelles on aurait un peu plus d’appréhension. D’accord, passer des heures à Ikea, c’est chiant et il y a de quoi appréhender, mais c’est quand même moins grave que des trucs qui vont constituer ton avenir comme un entretien d’embauche, l’organisation de gros travaux dans la maison ou l’éducation du futur gosse (qui n’est pour l’instant même pas encore une démangeaison dans le bas-ventre). Appréhender, voire angoisser, pour ça, c’est tout à fait normal.

cat couch 2Ma philosophie consiste à ne pas trop essayer de planifier l’avenir. Selon ce que disait John Lennon, la vie, c’est tout ce qui t’arrive alors que tu prévoyais autre chose. Une fois que j’ai compris ça, ma vie a changé pour le mieux. Parce que la vie ne dépend pas que de nous, elle dépend d’une multitude de facteurs externes parfois prévisibles, parfois imprévisibles, parfois carrément surprenants ou déstabilisants. Cela ne rend-il pas futile toute planification excédant le moyen terme?

Note bien le choix du mot « planification ». Je milite pour vivre le moment présent, mais vivre comme si tu devais mourir demain, ça ne m’a pas l’air très pratique dans l’hypothèse où justement, tu ne meurs pas demain. Ça va dans les deux sens, en fait: planifier les 30 ans qui viennent et attendre la retraite pour faire ce que as toujours voulu faire alors que si ça se trouve, tu meurs demain, c’est au moins aussi con que de se retrouver dos au mur alors qu’on avait largement moyen d’éviter cette situation. Alors sois au moins préparé, arme-toi d’un plan B réaliste (personne, je crois, n’est devenu astronaute après avoir échoué sa tentative de faire carrière au McDo). Moi j’ai même un plan C voire D, alors OK, ça va peut-être un peu loin mais au moins, on me dira pas que je n’étais pas préparé!

Moralité: ne te préoccupe pas trop de l’avenir à long terme, mais sois un minimim prévoyant. Ça roule?

Responsabilité

Cher journal,

Ça fait presque un moi que je ne t’ai pas écrit, alors il était temps que j’y remédie. Aujourd’hui, ma réflexion porte sur les fast-foods, et notamment un article du Washington Post datant du mois dernier, repris en français par Courrier International, dans lequel on apprend que face à la menace de la hausse du salaire minimum aux États-Unis, l’industrie de la restauration alimentaire, la chaîne au grand M en tête, pourrait rapidement remplacer les employés par des robots. Hmmm…

Du progrès au chômage4563757841_5523c644b0_b

Il faut avouer que c’est quand même assez formidable que nous soyons en mesure de fabriquer des robots qui fabriquent des burgers. Bon, j’imagine que ce n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus compliqué, mais de manière générale, ce que l’on sait faire aujourd’hui avec la technologie, comme des prothèses pour moins d’une centaine d’Euros, on ne peut pas nier que certaines évolutions (technologiques) sont de véritables progrès.

En revanche, ces robots de fast food me rappellent vaguement l’arrivée des caisses automatiques dans les supermarchés pour remplacer les caissières hôtesses de caisse. Les tondeuses automatiques pour remplacer le fils du voisin. Les robots de traite pour remplacer les ouvriers agricoles. Bref, le remplacement de l’homme par la machine. Beaucoup d’avancées technologiques semblent entraîner la perte de nombreux emplois et par les temps qui courent, c’est le genre d’évènement qui fait réagir.

6205094097_d50c31e561_bResponsabilité des entreprises…

En tant qu’existentialiste, je suis intimement persuadé que nous sommes responsables des choix que nous faisons, et j’ai tendance à vouloir appliquer cette philosophie aux entreprises, les multinationales en particulier. Certes, l’objectif d’une entreprise, c’est de faire du chiffre, sous peine de disparaître et dans ce cas, il y a encore moins d’emplois que si on remplaçait les équipiers par des robots. Là où le système capitaliste est à la dérive, selon moi, c’est que de nombreuses entreprises semblent perdre de vue leur Responsabilité sociale. C’est officiellement dans le cadre de cette RSE que les sociétés, comme les chaînes de restauration rapide, clament haut et fort qu’ils réalisent de nombreuses économies d’énergie, parmi d’autres efforts pour sauver notre planète. Ça tombe bien, parce qu’en plus ça fait économiser plein de sous et c’est un super coup de pub! (Cher journal, ne vois surtout pas de sous-entendu malhonnête dans ce commentaire…)

Par ailleurs, les entreprises n’ont-elles pas une responsabilité vis-à-vis de leurs employés? Cette mentalité de « chacun pour soi » n’est-elle pas néfaste?

… et des individus

Trop facile. Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit, être équipier dans un fast food n’est pas le métier le plus valorisant qui soit, et des métiers de ce type, il y en a des centaines. Si on y réfléchit bien, un fast food, c’est quoi de plus q’un bâtiment où des consommateurs plus ou moins informés viennent engloutir du gras et du sucre préparé le plus vite possible par des équipiers sous-payés et, bien souvent, blasés? C’est qui le gagnant, dans l’histoire?49935447_ea04a0ef44_o

Des milliers de personnes qui mettent des bouts de viande dans des micro-ondes et des frites dans une friteuse, ce n’est pas ma définition de l’évolution, mais des robots pour les remplacer, je ne suis pas sûr qu’on y soit non plus.

Si les entreprises semblent avoir perdu de vue leur responsabilité sociale, c’est peut-être parce qu’à la base de toute entreprises, il y a des individus et que la société, composée de ces individus, semble également avoir perdu de vue son sens de la responsabilité. Je vous pose la question: qu’est-ce qu’on fout encore dans les McDo, avec des Nike aux pieds en ressortant de notre hypermarché où on a acheté nos cerises en plein mois de décembre? Et qu’est-ce que je fous, moi, à écrire un blog, en utilisant internet, et en sachant que pour faire fonctionner toutes mes recherches Google et mes e-mails, les data centers consomment, selon Greenpeace, 2% de l’énergie mondiale?

La solution est simple

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La solution est simple. Si nous ne sommes pas d’accord avec la manière dont certaines entreprises traitent leurs employés, ou plus généralement avec leurs agissements, ne les cautionnons plus. Il est de notre responsabilité de faire des choix avertis et responsables, ne nous étonnons plus que nos droits ne sont pas respectés si nous faillons à nos devoirs.

Notre comportement en tant que consommateurs est à l’origine de toutes ces dérives. On tente peut-être de nous manipuler dans ces comportements, mais c’est une excuse bien lâche…

Maillot jaune et culture PMU

Le maillot jaune est spécial, très spécial. Je connais le passé de ce maillot, le bon comme le moins bon. Je respecterai et honorerai toujours le maillot jaune. Je serai toujours fier de l’avoir gagné.

Je connais des gens en couple qui ne se risquent pas à une telle déclaration d’amour. Pourtant, Chris Froome et ses équipiers de la Team Sky en ont pris plein la gueule pendant ces trois semaines de Tour de France. Entre un traitement médiatique (français) parfois diffamateur et les huées, bras d’honneur, insultes, crachats, jet d’urine et coups de poing émanant d’une partie du public, tous les ingrédients étaient réunis pour les dégoûter de l’évènement, voire du sport, mais non: soudés, ils ont franchi une dernière fois la ligne d’arrivée tous ensemble sur l’avenue des Champs Élysées.

 

Huées, bras d’honneur, insultes, crachats, jet d’urine et coups de poing

 

Je vais répéter: huées, bras d’honneur, insultes, crachats, jet d’urine et coups de poing. Ce n’est pas la marche de la honte de Cersei Lannister mais le chemin qui mène à la victoire pour Chris Froome. Un mec qui sacrifie à peu près tout dans sa vie pour un objectif: gagner le Tour de France. Malheureusement, la jurisprudence Armstrong pèse encore et si la “communauté du cyclisme”, c’est-à-dire les coureurs, les équipes, les journalistes et le public, a tiré un certain nombre de leçons des scandales de dopage qui ont terni l’image de ce sport, elle a peut-être tiré les mauvaises leçons.

 

À l’époque où Lance Armstrong gagnait ses Tours de France, le public lui lançait déjà des “dopé! dopé!” et l’histoire lui a donné raison. Alors aujourd’hui, quand on a des doutes sur les performances d’un coureur (traduction: quand les coureurs français sont loin du top 3), c’est qu’il est forcément dopé. CQFD!

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Alors, sans que l’on ait une once de preuve, on estime qu’il est justifié de huer tout ce qui à trait à la Team Sky*, de leur faire des bras d’honneur quand ils passent*, de les insulter*, de balancer des œufs (et des pierres?) sur les voitures des directeurs sportifs*, de cracher sur le maillot jaune*, de l’asperger d’urine ou d’asséner un coup de poing dans les côtes de Richie Porte. (Seuls les exemples sans astérisques n’ont pas été captés par la caméra, alors même si ceux-là étaient des mensonges, les preuves sont quand même accablantes.) Bienvenue en France!

 

Laurent Jalabert et la mentalité PMU

 

Laurent Jalabert, légende française du cyclisme, leader d’opinion, toujours très populaire, et accessoirement accusé de dopage sur le Tour de France de 1998, incarne à merveille la beaufitude française “culture PMU” et sa mauvaise foi légendaire. Il s’est senti “mal à l’aise devant cette facilité qui contrastait avec la détresse vécue par les trois premiers du Tour de l’année dernière”, pour parler des performances dignes d’un “extraterrestre” (toujours selon Jaja) de Chris Froome. Quand un ancien coureur dont la réputation est entachée par des soupçons de dopage émet des doutes sur un coureur actuel… Avouez que c’est comique! Sa comparaison avec les coureurs de l’an dernier l’est encore plus: Froome et Contador avaient abandonné suite à une chute, Quintana n’avait pas participé, ajoutez le large vainqueur Nibali et vous avez à un Valverde près le Top 5 de cette année. En plus d’être de mauvaise foi, hypocrite et diffamatoire, cette déclaration frise l’ignorance.

Que Laurent Jalabert soit instigateur, accélérateur ou simple incarnation de cette mentalité et ce comportement de hooligans, le fait est que les huées, bras d’honneur, insultes, crachats, jet d’urine et coups de poing ont bien eu lieu et sont évidemment scandaleux. Par là, une autre image se ternit: celle du public français. Plusieurs coureurs ont fait l’amalgame lors d’interviews et ne sont pas tendres mais derrière la demi-douzaine d’individus qui sont passés à l’acte, il y a des dizaines, des centaines ou des milliers de suiveurs du vélo qui se rendent coupables des mêmes accusations que celles qui ont donné lieu à ces actes scandaleux.

 

Il vaut mieux ne rien dire et passer pour un con…

 

…que poster des commentaires sur tous les articles mentionnant Chris Froome et ne laisser aucun doute à ce sujet. Rares sont les commentaires qui condamnent ces actes inadmissibles, à croire qu’ils les justifient en ne retenant que les prétendues preuves selon lesquelles Chris Froome serait dopé.

 

Parfois, Babylone me saoûle.

Vacances, j’oublie tout – By le Caméoléon

orteils vacancesVacances, j’oublie tout. Sauf que non.

Il m’est arrivé quelque chose d’étrange, pas plus tard qu’il y a quelques jours. Je suis parti voir un copain à Amsterdam. « Ouah, Amsterdam ! Super ! » Oui. Un copain que je n’avais pas vu depuis un moment.

On prévoit beaucoup de choses quand on part quelques jours. Sauf que moi, je n’avais rien prévu du tout. Je voulais juste passer du temps avec un pote. Et je n’ai profité d’Amsterdam qu’une belle après-midi ensoleillée (oui, c’est déjà bien).

Mais un problème s’est posé pendant tout mon séjour : je ressentais une forme de malaise. Depuis que Mme Dépression s’est installée chez moi (et dire que je me plaignais d’être célibataire), le malaise, ça me connaît. Et ces quelques jours de vacances n’ont pas été… je ne trouve pas de terme. Disons que ce sera très différent de ce que « les gens », l’entourage, les autres, s’attend à entendre. « Tu as visité quoi ? Tu devais être sorti tous les jours pour en profiter au maximum ! » Non. Simplement, non. Je n’avais pas envie de visiter quoi que ce soit, juste voir la ville, et surtout passer du temps avec mon pote. Et parfois (et même toujours), les vacances, ça devrait se résumer à ça : ne pas se prendre la tête, et faire ce qu’on veut, sans pression aucune. Car oui, il existe une pression malsaine quand on dit qu’on part en vacances : les autres s’attendent à ce que vous ayez mille choses à raconter. Si vous dites que vous n’avez pas fait grand-chose, on vous dira « quand même, t’aurais pu en profiter », et vous passerez pour quelqu’un de blasé.

Cette pression, je l’ai ressentie, et elle m’a bouffé. Tout me bouffe, depuis près d’un an et demi. Mme Dépression se sert allègrement dans le frigo de mon énergie, et bouffe le moindre petit suisse de confiance en moi que j’arrive à mettre de côté. Là, ça n’a pas loupé, et arrivé à destination, c’était comme si un compte à rebours s’était déclenché. Comme souvent depuis l’arrivée de Madame Connasse, je n’avais envie de rien. Alors je me suis mis la pression tout seul. « Il faut que je visite des trucs, quand même, et puis il faut que je profite, que je sorte, c’est super un pays étranger. Il faut que je passe des vacances normales ». Il faut, il faut, il faut. Vacances devenues un programme obligatoire. D’où vient cette pression qu’on connaît tous ? Qui a déjà osé dire, sans se sentir un peu con : « j’ai rien fait pendant mes vacances » ?

chien tristeMme Dépression s’est fait un plaisir d’exacerber ce sentiment, à tel point qu’au lieu de profiter de simplement changer d’air, je me suis retrouvé à me justifier devant mon pote (qui pourtant est un véritable modèle de compréhension) de mon absence de sujets de conversation et de mon manque d’intérêt. Il n’a pas besoin que je lui explique, il comprend très bien. Et pourtant, je m’en suis voulu de ne pas être le camarade jovial « d’avant ». Je m’en suis voulu. J’ai cherché à me justifier. Cela revenait à m’excuser d’être toujours accompagné de Mme Dépression. Et de la même manière qu’ « on » nous incite à avoir des tonnes de choses à raconter au retour des vacances, « on » nous incite aussi à avoir honte d’aller mal. C’est là que je me suis rendu compte que je me suis menti. Moi qui aime dire que je n’ai pas honte de ce qui m’arrive, j’en ai un peu honte quand même. Parce que je m’intéresse à moins de choses, parce que je ne me tiens plus au courant des infos. Pour ainsi dire, je m’en fous. Les seules infos qui m’intéressent, c’est de savoir si je vais réussir à me lever le matin, et si je vais gagner du terrain dans ma guerre contre l’ignoble Dépression qui a envahi mon territoire. Et c’est tout ce qui m’intéresse pour le moment, parce que c’est tout ce dont je suis capable. Ce qui me mine surtout, c’est que je vais rentrer de mon séjour en me reprochant de ne pas avoir « profité » pleinement de mes vacances. Ce qui veut dire que je me vois fautif de quelque chose. Ce qui veut dire qu’ « on » a bien fait son boulot de culpabilisation. Et dans toute cette pression pour nous faire comprendre que ce n’est pas « normal » de ne pas visiter quand on est à l’étranger, de ne pas être sorti en permanence pendant ses vacances, j’ai envie de dire « merde ». Merde, voilà. Ce qui n’est pas normal, c’est que même moi qui n’ai pas honte de ce qui m’arrive, j’en aie honte quand même. Ce qui n’est pas normal, c’est qu’à mots couverts on me reproche mon état, comme si je l’avais provoqué. « Tu pourrais faire un effort ». Alors non, je n’ai pas visité Amsterdam de fond en comble. J’ai passé beaucoup de temps à réfléchir, et à me reposer. C’est l’essentiel, non ? J’ai passé des vacances qui étaient des vacances : repos, glandouille, et à la limite, balade pour prendre l’air. La normalité, c’est la plaie.